« C’est plus fort que moi » au travail : menace ou opportunité?
- Jean Noël Bruère
- il y a 1 jour
- 7 min de lecture

Cette petite phrase, nous l’avons tous prononcée ou entendue dans un couloir d’entreprise.
« Désolé pour ce dérapage, c’était plus fort que moi. »
« Je sais que je devrais déléguer, mais c’est plus fort que moi, je préfère tout contrôler. »
« Encore une fois, j’ai accepté une mission impossible, c’est plus fort que moi. »
Employée en réunion, lors d’un entretien annuel ou simplement dans le bureau d’à côté, cette expression intrigue.
Elle agit comme un aveu d’impuissance, comme une défaite de la volonté face à une force intérieure inconnue et incoercible.
Pourtant, dans le cadre professionnel, se retrancher derrière cette formule revient souvent à mettre un couvercle sur une marmite en ébullition et à passer trop facilement à un autre sujet..
Pour un coach professionnel comme pour un dirigeant à La Réunion, décrypter ce mode de langage est une clé essentielle.
Derrière ce « plus fort que moi » se cachent des mécanismes puissants : peurs, croyances limitantes, ou schémas de comportement répétitifs.
Loin d’être une fatalité, cette expression est un puissant signal d’alarme souvent zappé, malheureusement
Explorons ensemble ce que révèle cet aveu, avec des exemples concrets pour mieux comprendre et agir.
L’expression d’une perte de contrôle : quand l’émotion submerge la raison
Au travail, nous valorisons la maîtrise, la rationalité et la performance.
Avouer qu’une force nous dépasse, c’est mettre ce cadre en péril.
C’est reconnaître que, sur le moment, nous ne sommes plus le « capitaine courageux » à la barre du navire secoué par les flots.
Ca la met mal, n’est-ce pas ?
Mais voyons ensemble d’un peu plus près de quoi est faite cette « force » mystérieuse.
L’emprise des peurs irrationnelles
Prenons l’exemple de Marc, un chef de projet brillant mais terrifié à l’idée de prendre la parole en comité de direction.
À chaque fois qu’il y est obligé, son cœur s’emballe, sa voix tremble.
Il sait pourtant son dossier solide.
Après chaque réunion, il se répète en boucle : « Je n’ai rien dit d’intéressant, dans la forme et dans le fond, c’était plus fort que moi. »
Pour Marc, cette fameuse « force » n’est autre que la peur du jugement, une réaction archaïque de survie.
Le cerveau de Marc interprète la situation comme un danger, déclenchant une averse d’adrénaline.
La machine à penser de Marc est alors court-circuitée.
Ici, l’expression ne décrit pas une faiblesse de caractère, mais un mécanisme physiologique et émotionnel puissant.
A apprendre à calmer…
La dictature des habitudes et des croyances
Sophie, une manageuse expérimentée, se plaint de sa charge de travail. « Je devrais responsabiliser mon équipe, mais c’est plus fort que moi, je finis toujours par reprendre leur travail le vendredi soir pour être sûre. »
Son comportement est guidé par une croyance profonde : « Pour que le taf soit bien fait, je dois le faire moi-même. »
Cette croyance, héritée de ses débuts où elle devait tout maîtriser, s’est transformée en une habitude automatique, en un réflexe.
Le « plus fort que moi » est ici le poids de l’habitude et la peur inconsciente que l’équipe échoue, ce qui rejaillirait sur son image.
A travailler pour les adoucir…
💡 Le Saviez-vous ?
Notre cerveau fonctionne avec deux systèmes :
· Système 1 (automatique) : Rapide, émotionnel, involontaire. C’est là que se loge le « plus fort que moi ».
· Système 2 (réfléchi) : Lent, logique, demande un effort.
Sous stress, c’est le Système 1 qui prend les commandes.
Le travail de coaching consiste à renforcer le lien entre les deux.
C’est un symptôme à ne pas négliger : le révélateur de blocages professionnels
Sur le lieu de travail, répéter cette phrase est un indicateur précieux.
Elle « met le doigt » sur une zone d’ombre qu’un accompagnement professionnel sur-mesure peut aider à éclairer.
Le conflit interne entre valeurs et actions
Parfois, cette force irrésistible est le signe d’un conflit de valeurs.
Imaginons un commercial, Julien, contraint par sa direction d’utiliser des techniques de vente agressives (et pas très honnêtes).
Il rentre de chaque rendez-vous avec une sensation de malaise rétrospectif.
Quand un client le presse de questions et émet des doutes, Julien, plutôt que d’avouer un défaut du produit, exagère systématiquement ses qualités.
Sur le moment, « c’est plus fort que lui ».
Mais, pour reprendre l’expression à la lettre, cette force est-elle vraiment la sienne ?
Ne serait-ce pas plutôt la pression de l’entreprise, internalisée au point de devenir une contrainte invisible ?
Julien, son authenticité profonde, son honnêteté foncière, entre en conflit avec ce rôle imposé.
Le « plus fort que moi » devient alors le symptôme d’une situation professionnelle bloquée entre ce qu’il est au fond de lui-même et ce qu’on lui demande de faire.
Ce conflit peut être « verbalisé » dans le cabinet du coach
L’échec des bonnes résolutions
Combien de fois prenons-nous de bonnes résolutions professionnelles ?
« Lundi, j’instaure une réunion d’équipe hebdomadaire »,
« je vais enfin répondre à cet appel d’offres »,
ou « je vais arrêter de consulter mes mails toutes les cinq minutes ».
Et combien de fois ces engagements échouent-ils, balayés par un ravageur « c’était plus fort que moi » ?
L’exemple de David est frappant.
David, un entrepreneur dynamique, sait qu’il doit structurer sa comptabilité pour passer un cap crucial du développement de sa société.
Il bloque courageusement deux heures dans son agenda chaque semaine.
Mais invariablement, un client l’appelle, une urgence survient, et il remet ces deux heures au lendemain, puis au surlendemain... And so on...
« C’est plus fort que moi, je suis pompier, je ne suis pas comptable. »
Derrière cette excuse, se cache pour lui une peur de l’échec dans un domaine non maîtrisé, ou une difficulté à hiérarchiser les priorités lorsqu’il est seul aux commandes.
Comment transformer ce « plus fort que moi » en levier de progression
Si cette expression est un signal, elle ne représente pas une fatalité.
En tant que coach certifié, un de mes objectifs n’est pas de lutter contre ce puissant vecteur, mais de l’apprivoiser, de le comprendre pour le transformer.
Méthode en 3 étapes
Étape 1 : Nommer l’émotion ou la croyance sous-jacente
Le premier travail consiste à remplacer le vague « c’est plus fort que moi » par une phrase plus précise.
· Au lieu de : « Je n’ose pas demander une augmentation, c’est plus fort que moi. »
· On cherche : « Quelle est la peur précise qui est en jeu? » Peur de décevoir ? Peur d’un refus humiliant ? Peur de passer pour un prétentieux ?
· On trouve : « J’ai peur que mon patron pense que je ne mérite pas cette augmentation. »
Soudain, le problème flou devient une peur concrète, que l’on peut travailler dans le coaching.
Inspiré de techniques des thérapies Cognitives et Comportementales(TCC), un exercice pratique peut consister à tenir un journal des « déclencheurs ». Noter la situation, l’émotion ressentie (peur, colère, frustration) et la pensée automatique associée (« je vais échouer », « on va me juger »).
Étape 2 : Déconstruire les scénarios catastrophes
Une fois la peur identifiée, on peut la challenger selon la technique dite de « la flèche descendante ».
« Et si tu demandes cette augmentation et que tu essuies un refus ? Que se passe-t-il concrètement ? »
La réponse est souvent moins grave que la peur anticipée.
Le travail du coach est ici d’aider la personne à se confronter mentalement à ce scénario pour en réduire la charge émotionnelle.
Tableau d’analyse rapide :
L’expression | Ce qu’elle cache souvent | Piste de travail |
« Je n’ose pas déléguer… » | Peur de perdre le contrôle / Croyance « personne ne sait faire aussi bien » | Apprendre à lâcher prise progressivement, former ses collaborateurs |
« Je craque pour une cigarette en réunion… » | Besoin de gérer son stress / Recherche de reconnaissance | Techniques de respiration, affirmation de soi, pause active |
« J’accepte toujours trop de travail… » | Peur de décevoir / Quête de reconnaissance | Apprendre à dire non, fixer des limites claires |
Étape 3 : Expérimenter de nouveaux comportements
La dernière étape est la plus concrète.
Il s’agit de mettre en place des « petits pas ».
Pour Marc, terrifié à l’idée de parler en public, cela pourrait être d’intervenir sur un point très précis lors d’une prochaine réunion à faible enjeu, en se préparant minutieusement.
Pour Sophie, qui ne délègue pas, l’expérience consistera à confier une tâche simple et sans risque à un membre de son équipe, avec des consignes claires, et à accepter que le résultat ne soit pas parfait du premier coup.
Chaque petite victoire renforce la confiance et affaiblit l’emprise du « plus fort que moi ».
Loin d’être un simple tic de langage, l’expression « c’est plus fort que moi » est une fenêtre ouverte sur notre monde intérieur professionnel.
Elle révèle nos peurs, nos conditionnements, et parfois notre épuisement face à des situations qui ne nous correspondent plus.
L’écouter avec attention, c’est se donner la chance de transformer un aveu de faiblesse en un projet de développement.
C’est passer d’une position subie à une posture d’acteur de son parcours.
Si cette expression revient trop souvent dans votre quotidien professionnel ou celui de vos équipes, peut-être est-ce le signe qu’il est temps d’en parler.
Un regard extérieur et neutre, comme celui d’un coach, aide à dénouer ces nœuds invisibles.
Après tout, ce qui semble « plus fort » aujourd’hui peut devenir, demain, votre plus grande force.
Foire Aux Questions (FAQ)
Q : Est-ce que consulter un coach signifie que je suis "faible" parce que je me laisse déborder par mes émotions ?
R : Absolument pas.
Faire appel à un coach professionnel est au contraire un signe de lucidité et de force.
Cela démontre votre volonté de comprendre ces mécanismes pour mieux les maîtriser et progresser, exactement comme un sportif de haut niveau se fait coacher pour dépasser ses blocages mentaux.
Q : Combien de temps faut-il pour ne plus être "victime" de ces automatismes ?
R : La durée est variable.
Certaines prises de conscience sont fulgurantes.
Mais corriger un comportement automatique profondément ancré peut nécessiter plusieurs semaines d’entraînement et d’accompagnement.
L’objectif n’est pas la perfection, mais la progression et l’acquisition d’outils pour l’avenir.
Q : Peut-on appliquer ces principes pour améliorer la gestion d’une équipe entière ?
R : Oui, parfaitement.
C’est le principe des formations en entreprise et des groupes de codéveloppement professionnel.
Analyser les « c’est plus fort que nous » d’une équipe (tendance au silence, à la surcharge, aux conflits larvés) permet de libérer sa puissance collective et d’améliorer sa performance.
Je recommande ici la lecture de mon dernier livre « Le coaching des équipes toxiques, Guide pratique pour transformer les dynamiques dysfonctionnelles". Publié chez Hachette Les trois colonnes.
💬 Et vous, quelle est cette petite voix intérieure qui vous freine au travail ?
Partagez votre expérience en commentaire ou contactez-moi pour un premier échange sans engagement, en visio ou dans mon cabinet à La Réunion.
Auteur : Jean-Noël BRUERE
COACH REUNION CONSULTING 2026




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