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La "Ceslaouite", diagnostic et guérison

  • Photo du rédacteur: Jean Noël Bruère
    Jean Noël Bruère
  • il y a 2 jours
  • 8 min de lecture

Votre langage vous trahit : ce que vos tics disent de vous et comment les contrer.


Rappelez vous les célèbres « ceslaoui » parsemant les répliques de Pierre (Thierry Lhermitte) dans le film non moins célèbre « Le père Noël est une ordure ».


Même si vous n’employez pas cette expression insolite, avez-vous déjà compté le nombre de fois où vous dites « du coup » ou « eh bien » en une seule de vos phrases ?


Ou avez-vous remarqué chez vous cette agacante habitude de terminer chaque explication par un omniprésent « voilà » ?


Rassurez-vous, vous êtes très loin d’être tout seul à exploser les compteurs de ces petits mots glissés machinalement dans nos conversations et qui portent le joli nom de tics de langage.


Derrière leur apparente banalité se cache une réalité bien plus profonde, un véritable miroir de nos états intérieurs et de nos compétences sociales.


En tant que coach professionnel à la Réunion depuis près de 20 ans, j’observe quotidiennement l’impact de ces « mots béquilles » sur la carrière et la confiance de mes clients.


Loin d’être anodins, ils constituent souvent un frein invisible à leur évolution professionnelle.


Cet article vous propose de décoder ces habitudes verbales et de mettre en place des stratégies concrètes pour les maîtriser.


Un tic de langage, qu’est-ce que c’est ?


C’est une expression ou un son que l’on répète de manière inconsciente et automatique .


Ce sont ces « euh », « quoi », « genre », « tu vois » ou « en fait », « effectivement »  qui parsèment notre discours sans que nous y prenions garde.


Les spécialistes de la communication les appellent des mots tuteurs ou des mots remplisseurs .


Leur fonction première est bel et bien de combler un vide, de meubler cet épouvantable silence que nous redoutons tant .


D’un point de vue linguistique, ces marqueurs ne sont pas intrinsèquement mauvais, ils participent même à la cohésion du discours et répondent à un besoin social de connecter nos idées .


Certains experts expliquent ainsi que notre cerveau pense à environ 400 mots par minute, alors que nous n’en prononçons que 150.


Comme des champignons dans un sous-bois d"automne, ces tics de langage apparaissent alors naturellement, durant ce découplage temporel .


Ce que vos tics disent de vous


Lors d’un coaching avec un cadre dirigeant d’une entreprise du BTP de Saint-Pierre, nous évoquons de séance en séance une authentique angoisse croissante à chaque fois qu’il devait s’exprimer en réunion.


Répété dans mon cabinet, son discours était ponctué de « je pense que… », « peut-être que… » et d’un « enfin… » récurrent.


En l’écoutant, une image émergeait : celle d’un professionnel compétent mais manquant cruellement d’assurance.


Ses tics de langage agissaient là comme des indicateurs de problématiques plus larges, sur lesquelles nous avons pu travailler ensemble avec succès.


Le besoin d’approbation


Un de mes clients, manager, utilisait systématiquement « c’est clair ? » ou « tu vois ? » à la fin de chaque directive qu’il donnait.


Derrière cette habitude se cachait une peur panique du conflit et un besoin constant de validation.


Dans le monde professionnel, ces formulations transmettent une impression de doute et affaiblissent l’autorité naturelle.


La difficulté à structurer sa pensée


La sur--utilisation de « du coup » ou « en fait » révèle souvent une difficulté à organiser ses idées de manière linéaire .


Lors d’un entretien annuel, un client ingénieur utilisait ces connecteurs de manière si intensive que son discours perdait largement en clarté.


Nous avons découvert ensemble qu’il ne prenait jamais le temps de préparer ses interventions.


L’appartenance à un groupe


Les tics de langage sont aussi des marqueurs sociaux forts .


Les adolescents d’aujourd’hui utilisent « genre » et « wesh » pour signifier leur appartenance générationnelle.


Dans l’entreprise, utiliser le jargon à la mode peut trahir une tentative, maladroite en diable, d’intégration ou au contraire, un désir de se distinguer.


L’impact concret sur la carrière


Une étude menée récemment par un organisme spécialisé a montré qu’un orateur utilisant trop de mots remplisseurs peut perdre jusqu’à 50% de sa crédibilité auprès de son auditoire.


Dans le contexte professionnel réunionnais, où les relations se nouent souvent autour de la confiance et du « feeling », cet impact est démultiplié et d’autant plus dévastateur.


Je me souviens d’une cheffe de projet à Saint-Denis qui ne comprenait pas pourquoi ses propositions étaient systématiquement écartées lors des comités de direction.


L’enregistrement d’une de ses interventions a été révélateur : son discours contenait 47 « euh » et 23 « voilà » en à peine 5 minutes.


Son auditoire, focalisé sur ces parasites verbaux, ne retenait plus le fond, pourtant excellent, de son message.


Nous avons travaillé ensemble là-dessus et élagué ses interventions de toutes ces branches superflues.


Comment repérer ses propres tics


Nos proches les entendent, mais nous restons souvent sourds à nos propres automatismes.


Voici une méthode pour les identifier, directement inspirée de mes accompagnements en coaching à la Réunion :


L’enregistrement vidéo


C’est la technique la plus brutale certes, mais de loin la plus efficace.


Filmez-vous lors d’une réunion en ligne ou d’une présentation orale.


La première écoute est souvent un véritable choc.


Un client m’a confié un jour: « Je ne me supportais pas. Je n’avais jamais réalisé à quel point je disais ‘donc’ à tout bout de champ. »


Ce douloureux moment de prise de conscience est pourtant la première étape vers le changement.


Le retour des pairs


Sollicitez un collègue de confiance (et bienveillant) ou un proche.


Demandez-lui de lever discrètement la main, ou de vous faire un petit signe, chaque fois que vous utilisez votre tic favori.


Cette technique fonctionne remarquablement bien car elle ancre la conscience du tic dans l’instant présent.


Le comptage silencieux


Placez une simple croix sur une feuille blanche à chaque occurrence de votre tic lors d’une conversation.

 

Vous le constaterez aisément, l’addition finale est souvent édifiante.


Stratégies concrètes pour réduire leur présence


Un silence de deux secondes semble une éternité pour celui qui parle, alors qu’il passe totalement inaperçu pour l’auditeur lambda .


Cette distorsion temporelle est la clé de la transformation.


Accepter le silence


La première règle : remplacer le tic par une pause silencieuse.


Quand l’envie de dire « euh » ou « du coup » se fait sentir, respirez posément.


Juste une inspiration.


Ce temps de respiration, d’à peine une seconde, donne à votre auditoire une impression de maîtrise et de réflexion.


Dans mes accompagnements à la prise de parole à La Réunion, j’entraîne mes clients à compter mentalement jusqu’à trois de temps en temps, aux « articulations » de leurs discours.


Vous pouvez me faire confiance, les progrès ainsi obtenus sont spectaculaires.


Ralentir le débit


Nous parlons souvent trop vite sous l’effet du stress, apprenons donc à ralentir notre rythme d’élocution.


Un manager dont le débit était particulièrement soutenu a transformé sa communication en s’imposant de faire une petite pause après chaque phrase.


Non seulement ses tics ont disparu, mais son équipe a soudainement jugé ses interventions plus « posées » et « réfléchies ».


Chaque phrase de ce manager était auparavant une course contre la montre remplie de « euh » et de « du coup ».


En ralentissant, il a gagné en attention et en autorité.


Préparer votre pensée


Prenez l’habitude de structurer mentalement votre réponse avant de l’ouvrir (la bouche).


La formule « Oui, je vois le sujet. J’ai trois points à aborder : d’abord… » est mille fois plus efficace qu’une réponse en « euh… ben… en fait… ».


Dans ma pratique de coach, je compare souvent cette préparation à celle d’un chef cuisinier réunionnais : il rassemble tous ses ingrédients et épices avant de commencer à faire cuire son cari.


Sinon, c’est la panique assurée et le plat complètement raté.


L’accompagnement professionnel


Pourquoi un coach professionnel est-il souvent la solution la plus efficace face à ces habitudes tenaces ?


Eh bien parce qu’un tic de langage est rarement un simple défaut d’élocution.


Il est bien plus souvent la partie émergée d’un iceberg émotionnel ou comportemental.


Lorsqu’un client franchit la porte de mon cabinet pour un accompagnement personnalisé en communication, nous ne travaillons pas uniquement sur ses mots.


Nous explorons ensemble l’origine du stress, le déficit  de confiance en soi ou les blocages relationnels qui alimentent ces tics.


Parfois, même, éliminer un « euh » récurrent passe par un travail sur l’affirmation de soi ou la gestion du trac.


Un exemple qui m'a marqué est celui de David, ce responsable commercial.


Son « voilà » en fin de chaque argumentaire le rendait caricatural aux yeux de ses clients.


Après quelques séances, nous avons découvert que ce tic lui servait à « poser le mot FIN » sur chaque intervention parce qu’il avait peur de ne pas savoir conclure.


C’est en retravaillant la structure de ses pitchs et en acceptant l’idée que tout discours mérite une vraie conclusion qu’il a pu se débarrasser de cette habitude.



Pour conclure:


Non, les tics de langage ne sont vraiment pas une fatalité.


Ils sont des signaux, des indicateurs précieux sur notre état intérieur.


Plutôt que de les combattre aveuglément, comprenons ce qu’ils cherchent à nous dire.


Un accompagnement professionnel permet d’identifier la racine de la question et de mettre en place des stratégies durables pour retrouver la maîtrise de sa propre parole.


Vos questions fréquentes


Un tic de langage peut-il vraiment nuire à une carrière ?


Absolument.


Dans l’environnement professionnel actuel, la communication est souvent le principal outil de travail.


Un discours parasité par des tics donne une impression de manque de professionnalisme, d’hésitation ou de manque de préparation.


Cela peut bloquer des promotions, faire échouer des entretiens ou réduire l’impact des interventions.


Combien de temps faut-il pour éliminer un tic de langage ?


La durée varie selon la personne et la persistance du tic.


Avec un travail régulier (quelques minutes par jour), les premiers résultats apparaissent souvent en 3 à 4 semaines.


Cependant, ancrer solidement une nouvelle habitude de parole peut prendre jusqu’à 2 à 3 mois.


La clé du succès dans ce domaine est bel et bien la régularité.


Faut-il vraiment supprimer tous ses tics de langage ?


Non.


Un discours totalement aseptisé peut sembler froid ou robotique.


L’objectif n’est vraiment pas de parler comme un livre ou comme une IA, mais de retrouver une maîtrise suffisante pour que les tics ne parasitent plus le message.


Quelques « euh » naturels ne gênent personne.


Peut-on travailler ses tics de langage seul ?


Oui, bien sûr, en suivant les méthodes mentionnées ci-dessus (enregistrement, pauses).


Cependant, un coach professionnel apporte un regard extérieur neuf, de la méthodologie et surtout, un travail sur les causes profondes, ce qui est généralement plus efficace à long terme.


Et une simple formation peut utilement compléter ce travail .


Les tics de langage sont-ils les mêmes à La Réunion qu’en Métropole ?


Le constat de base est similaire : chacun cherche plus ou moins à combler les silences.


Cependant, la Réunion possède son propre paysage linguistique avec cette  langue créole qui irrigue la société.


Il n’est pas rare d’entendre en entreprise des tics hybrides ou des emprunts où le « quoi » laisse parfois place à un « là » ou un « mi », influençant le français parlé.


L’enjeu reste le même : fluidité et clarté.


Vous souhaitez aller plus loin ? En tant que coach professionnel à la Réunion, je vous propose un accompagnement personnalisé pour améliorer votre communication, gagner en confiance et faire de votre parole un véritable atout professionnel. Prenez rendez-vous pour un entretien découverte dès aujourd’hui.

 

Auteur : Jean-Noël BRUERE

COACH REUNION CONSULTING 2026

 
 
 

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