Ce cerveau qui bouillonne : accompagner un client TDAH en coaching
- Jean Noël Bruère
- il y a 2 jours
- 8 min de lecture

Depuis bientôt vingt ans à la Réunion, mon cabinet accueille une diversité extraordinaire de profils, chefs d’entreprise, cadres supérieurs, jeunes adultes en pleine construction.
Pourtant, une catégorie de clients réclame une attention, une posture et des outils radicalement différents de la « norme ».
Je parle de ceux qui vivent avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Accompagner un client TDAH transforme la pratique du coaching en un art délicat, fait de flexibilité, de créativité et de remise en question permanente.
Généralités sur la posture du coach face à un cerveau TDAH
Ce « genre » de client ne fonctionne vraiment pas comme les autres.
Son cerveau manque de « carburant » dopaminergique et la posture classique du coach, basée sur l’écoute active, le questionnement puissant et le silence bienveillant, se révèle le plus souvent inefficace, voire même contre-productive.
Le premier travail du coach consiste donc à lâcher ses vieilles habitudes.
Un client TDAH supporte mal les longs silences, pendant lesquels son esprit part en roue libre, il décroche lors d’explications trop détaillées.
Il oublie d’une séance à l’autre les engagements pris, non par mauvaise volonté, mais de par sa propre nature.
Quid de la posture gagnante ?
Une présence énergique, une capacité à recentrer avec légèreté et humour, une mémoire solide ( une bonne prise de notes aussi) pour rappeler les accords passés sans jamais aller dans le jugement.
Comme l’explique l’EMCC France, le coach doit se repositionner dans une approche scientifique, en évitant les écueils fréquents liés à une méconnaissance des particularités du TDAH.
Ce qui sauve la relation, c’est l’acceptation.
Accepter les retards sans les prendre personnellement.
Accepter les oublis chroniques.
Accepter une énergie qui passe parfois de l’enthousiasme débordant à l’épuisement complet en quelques heures.
Ce qui marche bien : les leviers efficaces
Mon expérience accumulée sur une vingtaine d’années à la Réunion m’a appris à repérer les stratégies gagnantes.
Voici concrètement ce qui fonctionne le mieux:
Des séances courtes et rythmées
Une heure de coaching avec un client TDAH ne ressemble en rien à une heure classique.
Je découpe le plus souvent la session en blocs de dix à quinze minutes environ.
Je change de sujet ou d’angle régulièrement.
Le client peut dérouler sa problématique, puis nous basculons sur une autre facette du problème, puis nous revenons.
Le changement de focus maintient son attention éveillée.
La cocréation de repères mentaux
Plutôt que d’imposer une méthode venue d’ailleurs, nous construisons ensemble le système qui épouse son fonctionnement.
Un jeune chef d’entreprise réunionnais suivait son parcours de manière chaotique.
Ensemble, nous avons défini des ancrages verbaux très brefs.
À chaque début de journée, il se répète trois mots-clés qui résument ses priorités. Et je ne dramatise pas s’il ne les tient pas.
Les recherches récentes confirment la validité de cette approche : les interventions basées sur les points forts augmentent la prévisibilité et réduisent le stress.
L’ancrage par l’émotion et le vécu
Un client TDAH retient mieux une histoire vécue qu’une théorie.
Je partage volontiers des anecdotes de mon propre parcours (même si je ne suis pas TDAH) ou d’autres accompagnements (dans le respect absolu du secret professionnel).
La métaphore concrète, l’exemple tiré du terrain, le récit émotionnel restent gravés bien plus durablement qu’une grille d’analyse.
Le suivi verbal entre les séances
Le coaching TDAH implique un travail en intersession plus soutenu que celui du coaching Lambda.
Un message rapide en cours de semaine, une question par courriel, une piqûre de rappel bienveillante.
Ce fil rouge maintient l’élan sans lequel tout pourrait s’effondrer entre deux rendez-vous.
Les études montrent que ce type de suivi actif différencie le coaching des approches thérapeutiques classiques.
Ce qui ne fonctionne pas, mais alors pas du tout
L’erreur classique du coach novice ?
Appliquer les mêmes recettes à tous ses clients.
Voici ce qui échoue systématiquement.
Les longs monologues théoriques
Expliquer pendant vingt minutes les fondements d’une méthode.
Le client TDAH décroche après trois minutes, son regard se perd par la fenêtre, et il ressort de la séance sans rien retenir.
Les "tâches" trop vastes ou trop vagues
« Organisez votre semaine. »
Phrase anodine pour un cerveau classique, véritable torture pour un TDAH.
La commande doit être microscopique, datée, contextualisée.
Pas « préparez votre dossier », mais « identifiez la toute première action concrète.
Faites cela demain matin à 9h00, et envoyez-moi un courriel d’une ligne une fois cela terminé. »
La culpabilisation déguisée
« Si vous vouliez vraiment, vous y arriveriez. »
Cette phrase, terrible et assassine, revient trop souvent dans la bouche de professionnels mal formés.
Un client TDAH l'entend depuis l’enfance.
Il souffre d’un profond sentiment d’incompétence, d’une peur constante d’être jugé paresseux ou mal intentionné.
Le coaching doit absolument éviter ce terrain miné.
Le silence prolongé
Laisser un temps de réflexion trop long.
Le client TDAH ne réfléchit pas pendant ce silence.
Il part au contraire à mille lieux, constate avec angoisse qu’il a décroché, et se sent honteux de ne pas parvenir à se concentrer.
La honte devient alors l’ennemie principale du travail en coaching.
Définir des objectifs adaptés : tirer parti des (indéniables) qualités du TDAH
Un TDAH n’est pas qu’un ensemble de difficultés.
C’est aussi un cerveau capable de créativité explosive, de pensée divergente.
L’enjeu du coaching consiste à bâtir des objectifs qui exploitent ces forces tout en contournant les fragilités.
Objectifs microscopiques et immédiats
Oublions les ambitieux plans sur trois mois et plus.
Un client TDAH vit dans l’instant.
Fixons des micro-objectifs pour la journée, voire pour l’heure suivante. «Pendant les vingt prochaines minutes, vous classez vos courriels urgents. »
La découpe en segments ultra-courts respecte son rythme attentionnel (voir aussi mon article sur le pomodoro)
Capitaliser sur l’hyperfocus
Quand un TDAH entre en hyperfocus, sa concentration surpasse celle de quiconque.
Je forme ces clients à identifier les déclencheurs qui les mettent dans cet état et à les utiliser stratégiquement.
Une manager suivie par moi depuis six mois planifie désormais ses tâches complexes pendant sa fenêtre d’hyperfocus matinale, et réserve l’après-midi aux activités moins exigeantes.
Les études sur ce sujet confirment cet intérêt : la force de l’hyperfocus, bien canalisée, devient un atout professionnel majeur.
Transformer l’urgence en alliée
Le cerveau TDAH fonctionne très bien sous pression.
Une échéance proche libère de l’adrénaline, et avec elle, la capacité d’action.
Plutôt que de lutter contre cette réalité, nous apprenons à créer des mini-urgences artificielles par des rappels et des échéances auto-fixées.
L’échéance approche et l’action se déclenche.
Qu’apprendre à écouter chez un client TDAH ?
L’écoute du coach doit capter ces signaux spécifiques, souvent discrets.
Les phrases de dévalorisation
« Je suis nul », « j’y arriverai jamais », « tout le monde y arrive sauf moi ».
Ces paroles surgissent à tout moment, très souvent déguisées en humour ou en fausse modestie.
Derrière chacune d'elle se cache une blessure ancienne, une accumulation d’échecs, scolaires ou professionnels.
Les relever en douceur, les accueillir sans jugement, puis proposer un recadrage constructif.
Les changements soudains d’énergie
Un client TDAH peut passer de la joie à l’irritation en trente secondes.
Cette labilité émotionnelle n’est pas un caprice, mais une caractéristique neurologique.
L’écouter, c’est repérer ce basculement, nommer ce qui se joue (« je sens chez vous une irritation monter »), et proposer une courte pause ou une reconnexion à l’objectif initial.
L’ICF Québec souligne que la capacité d’ajuster son approche devient essentielle face à ces variations.
Les moments de décrochage
Le regard qui se vide, le sujet qui change brusquement.
Ce ne sont pas des marques d’impolitesse, mais des signaux physiologiques.
Un cerveau TDAH ne choisit pas son moment d’attention.
L’écouter, c’est interrompre son propre discours, dire « on revient sur le point précédent », et relancer avec une question très courte.
Comment intervenir en tant que coach : 3 exemples concrets
Exemple 1 : Paul, quarante-deux ans, cadre dans le tourisme à Saint-Gilles les bains
Paul arrive avec un diagnostic TDAH récent et une carrière en pointillé.
Entre deux de nos séances, ses bonnes résolutions s’évaporent régulièrement.
Nous instaurons un rituel verbal : chaque fin d’entretien, il est invité à répéter à voix haute trois micro-actions pour les trois jours suivants, chacune ne dépassant pas quinze minutes.
Il programme également des alarmes sur son téléphone.
Entre les séances, un message automatique lui demande un simple retour par émoji.
Au bout de trois mois, il termine un dossier bloqué depuis un an, et sa confiance remonte doucement, mais sûrement.
Exemple 2 : Sophie, trente-cinq ans, cheffe d’entreprise dans le bâtiment
Sophie souffre d’une difficulté chronique à prioriser.
Chaque jour, cent tâches urgentes s’imposent à elle, et aucune n’est achevée.
Je l’aide à construire une règle de décision simplifiée, qu’elle répète comme un mantra : « une seule priorité par demi-journée ».
Nous faisons également un travail sur l’affirmation de soi et l’acceptation de ses limites.
Six mois plus tard, elle se sent bien mieux et son entreprise a gagné 30 % de rentabilité.
Exemple 3 : Antoine, vingt-huit ans, commercial
Antoine accumule les retards en rendez-vous, et les oublis de relances.
Nous travaillons son rapport au temps.
Pourquoi anticiper lui est-il si difficile ?
Une explorationavec l'aide de la PNL révèle une puissante croyance limitante: « arriver à l’heure, c’est s’ennuyer en attendant les autres ».
Le recadrage de cette croyance transforme sa ponctualité en quelques semaines.
Ce que ces vingt ans d’expérience à la Réunion m’ont appris
Accompagner des clients TDAH dans un environnement insulaire comme La Réunion comporte une difficulté supplémentaire.
L’île est petite, les réseaux professionnels se croisent et s’entrecroisent.
Le regard social sur la différence neurocognitive reste parfois empreint de méconnaissance.
Plusieurs de mes clients redoutent que leur diagnostic ne circule, par crainte d’être stigmatisés.
Mon rôle de coach inclut alors une dimension de pédagogie discrète auprès des entourages professionnels.
Expliquer sans exposer, légitimer sans pathologiser, montrer que le TDAH, bien accompagné, devient une force dans des métiers créatifs, dans la gestion de crise, dans tout environnement où la pensée latérale et la réactivité priment sur la linéarité.
Les recherches contemporaines confirment cette approche : le coaching TDAH aide les individus à développer compétences et comportements pour faire face aux difficultés centrales de leur trouble.
Plus qu’un simple accompagnement, c’est bel et bien une reconstruction identitaire.
Pour un coaching transformateur
Coacher un client TDAH demande plus de compétences, plus d’énergie, plus de créativité qu’un accompagnement classique.
Mais la récompense est à la hauteur de l’investissement.
Voir un client reprendre confiance, retrouver une efficacité professionnelle, sortir de décennies d’autodépréciation, voilà ce qui donne tout son sens à ce métier.
Pendant tout ce temps de pratique à la Réunion, j’ai appris à reconnaître la beauté de ces cerveaux différents, ne fonctionnant décidément pas comme les autres.
Le monde a besoin de leur créativité, de leur énergie, de cette façon unique d’envisager les problèmes.
Un coaching, bien pratiqué, ne cherche pas à les normaliser. Il leur donne les clés pour exprimer leur potentiel, sans combattre leur nature.
FAQ – Coaching et TDAH
Un diagnostic médical est-il obligatoire pour débuter un coaching TDAH ?
Non, mais il est fortement recommandé.
Le coach n’est pas médecin.
Un diagnostic préalable permet d’exclure d’autres causes possibles et d’orienter vers un suivi thérapeutique complémentaire si nécessaire.
Quelle différence entre coaching TDAH et thérapie ?
La thérapie travaille sur les causes, les traumatismes, la guérison des blessures passées.
Le coaching se concentre sur le présent et l’avenir, sur les stratégies concrètes pour atteindre des objectifs précis.
Ainsi, les deux approches sont complémentaires.
Un coach peut-il prescrire un traitement ?
Absolument pas !
Seul un médecin peut le faire.
Un coach professionnel reste strictement dans le champ non médical.
Combien de séances pour voir des résultats tangibles ?
Entre six et douze séances espacées sur trois à six mois.
Les premiers effets sur l’organisation et la confiance apparaissent très vite, souvent dès la quatrième séance.
Le coaching TDAH fonctionne-t-il à distance ?
Oui, très bien.
La visioconférence évite les déplacements, source de stress et de retard.
Certains clients préfèrent même le format en ligne, plus facile à intégrer dans un emploi du temps souvent chaotique.
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AUTEUR : JEAN NOEL BRUERE
COACH REUNION CONSULTING 2026




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