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Charisme : arrêtons de croire qu’il nous tombe du ciel

  • Photo du rédacteur: Jean Noël Bruère
    Jean Noël Bruère
  • il y a 11 minutes
  • 5 min de lecture

Dire que le sujet du charisme m’intéresse serait un doux euphémisme.


Ça fait presque vingt ans que je le vois à l’œuvre, ou en panne, dans les open-spaces et les salles de réunion partout où je suis appelé à accompagner des professionnels.


Et je dois avouer que plus je l’observe, moins je le comprends.


Enfin, si, je commence tout juste à le comprendre, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on raconte d’habitude.


L’autre jour encore, un client me sort au détour d'un café: « Jean-Noël, X. mon chef..., lui il a du charisme, c’est inné, on ne peut rien faire contre ça. »


J’ai failli m’étrangler avec mon croissant.


C’est sans doute le genre de phrase que j’entends le plus souvent.


Et c’est sans doute aussi celle qui me fatigue le plus.


Pourquoi ? Eh bien parce qu'elle cache une porte de sortie trop facile.


Une façon commode de se dire qu’on n’y peut rien, que c’est génétique, et qu’on est dispensé de faire des efforts.


Alors on va essayer de démonter ce biais ensemble.


Sans grille de lecture miracle, sans baguette magique.


Juste avec des observations de terrain, quelques doutes, et des trucs qui marchent.


Vraiment.


Un truc, un talent qui se construit bien plus qu’on ne le pense


Je repense à un accompagnement en coaching que j’avais fait, il y a quelques années.


Avec le patron d’une boîte de 42 personnes à Saint-Denis. Marc (on va l’appeler comme ça).


La première fois que je le vois en réunion avec son équipe, je regarde ma montre au bout de vingt minutes.


Une heure quarante-cinq de monologue...


Sa voix était... comment dire... raplapla.


Comme un robinet qui coule.


Personne ne bronchait, on ne bronche pas devant le patron.


Les gens regardaient la table, leurs mains, le plafond.


Les décisions se prenaient après, dans les couloirs, en chuchotant.


Franchement, je me suis demandé ce que je faisais là.


J’avais en face de moi le mètre étalon de l’anti-charisme.


On a malgré tout commencé à travailler, pas sur de grandes théories, mais sur des détails tout bêtes.


Sur sa respiration, d’abord. Il parlait comme s’il était poursuivi par un zombie.


Puis sur le regard, qui fuyait sans arrêt, toujours le fameux zombie.


Et sur les silences, le plus dur.


Le premier chalenge : lui apprendre à se taire après avoir posé une question.


Pour lui, c’était une perte de temps rédhibitoire.


Un vide angoissant.


Et puis un matin après quelques séances de coaching, le miracle.


Il pose une question, et se tait.


Trois longues secondes.


Une assistante, qui n’avait pas dit un mot en réunion depuis deux ans, lève la tête.


Elle propose une réorganisation du planning.


Tellement simple et évidente que personne n’y avait pensé.


Ou plutôt, personne n’avait jamais eu l’espace pour la formuler.


Marc a compris ce jour-là quelle était sa voie.


Le charisme, c’est aussi savoir se taire et laisser l’autre exister.


Alors, l’inné ? Oui, peut-être.


Les prédispositions donnent une aisance au départ, un sourire facile.


Mais j’ai vu trop de gens « naturellement » à l’aise devenir de parfaits imbéciles en réunion pour croire que ce talent se suffit à lui même.


Le reste, c’est du rabâchage, de l’inconfort, du travail de l’ombre.


Ce que je regarde (et qui ne trompe pas)


On me demande souvent s’il y a des critères objectifs pour évaluer le "potentiel-charisme" de quelqu'un.


Je n’ai pas de toise magique, mais je fais attention à certains signaux.


Le premier, c’est l’interruption.


Est-ce qu’on le coupe souvent ?


Est-ce qu’on l’écoute ?


Attention, être écouté dans un silence sépulcral , ce n’est pas forcément bon signe.


C’est peut-être simplement un signe de peur.


Un autre signal, tout bête lui aussi, c’est la prise de décision.


Quand un manager a du charisme, les choses se décident dans la salle, devant tout le monde.


Quand ça se décide en aparté, dans son bureau, après la réunion, c’est que sa présence, en collectif, ne suffit pas à créer un cadre de confiance.


Le côté sombre du charisme


Il faut que je sois honnête : je me méfie aussi du charisme.


Il est bel et bien un outil de pouvoir, et comme tout pouvoir, il peut écraser.


J’ai suivi Hélène, une directrice d’agence brillante, à Saint-Pierre.


Réunions impeccables, argumentaire en béton armé.


Sauf que son équipe était devenue muette, un véritable banc de carpes.


Plus de remontées du terrain, plus de désaccords, plus d’idées.


Un assentiment de façade.


Hélène était ravie d’elle-même.


Les résultats, eux, s’affaissaient  doucement.


Son charisme la servait en apparence, et la desservait en profondeur. Il empêchait toute contradiction.


C’est là un piège redoutable.


Et ici, à La Réunion, c’est encore plus flagrant.


Un manager « à la métro», très vertical, qui débarque avec son charisme de super-chef, se casse souvent les dents.


La culture locale valorise en effet la relation, le lien, la proximité.


Le « mec » qui impressionne mais ne crée pas de relation finit isolé.


Le charisme, ici, c’est d’abord une capacité à créer du lien, à être accessible.


Pas à jouer au grand chef.


Mes conseils (enfin, plutôt mes pistes)


Je n’aime pas trop donner des listes de conseils.


Ça rapproche un peu trop à mon sens de la recette de cuisine.


Mais bon, voilà des pistes d'actions, qui me semblent importantes.


1.   Enregistrez-vous. 


C’est terrible à faire, je sais.


Mais écoutez-vous parler trente secondes.


Vous allez détester le son de votre voix, c’est normal.


Mais vous allez aussi entendre votre débit, vos tics de langage.


C’est un bon point de départ vers un perfectionnement.


2.   Ralentissez. 


On a tous peur d’être coupé, alors on accélère le débit.


C’est contre-productif.


Parlez moins vite.


Descendez votre ton en fin de phrase.


Laissez un (petit) silence après chaque idée importante.


Au début, vous aurez l’impression d’être ridiculement lent.


C’est un très bon signe.


3.   Choisissez une personne. 


Avant de prendre la parole en réunion, fixez une personne de l'assemblée dans les yeux pendant deux secondes.


Juste une.


Pour ancrer votre propos.


Voir si elle vous suit. C’est un exercice simple, mais il change la dynamique.


Pour finir


Le charisme n’est pas un don du ciel.


C’est le résultat d'une pratique.


Une attention constante portée à l’autre.

,

Ce n’est pas du théatre, c’est de la justesse, de l'alignement avec soi-même.


Alors, c’est vous qui décidez.


Vous pouvez attendre qu’il vous tombe des cieux tout cuit, ou vous mettre au travail.


C’est plus lent, plus ingrat, mais c’est là que ça se passe.


Et si vous êtes manager et que vous voulez en parler, vous pouvez me joindre via coach-reunion.com.


Autour d’un café, de préférence si vous êtes à la Réunion, ou en visio conférence si vous êtes éloigné.


Le charisme se travaille mieux dans une ambiance conviviale.

 

Auteur : Jean Noël BRUERE

COACH REUNION CONSULTING 2026

 

Pour aller plus loin, voici quelques articles de référence :

 

Valérie Rocoplan, dans son billet LinkedIn sur le charisme inné ou acquis, parle d’une part d’inné.

France Culture rappelle aussi les dangers des leaders charismatiques, notamment dans les organisations.

Vous pouvez me joindre via coach-reunion.com. Et si vous animez un média local ou un blog, je réponds volontiers aux sollicitations pour des articles invités

 
 
 

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