“Invisibilisé” : Quel vilain mot !
- Jean Noël Bruère
- il y a 15 heures
- 6 min de lecture

C’est une tendance que j’observe quotidiennement en tant que coach professionnel.
J’accompagne depuis bientôt 20 ans des cadres, des dirigeants, des particuliers et je vois croître et prospérer cette quête effrénée de visibilité éloignant de l’essentiel, de la valeur intrinsèque de l'individu, de sa dignité et de sa capacité à agir.
Le verbe, « invisibiliser », s’est bel et bien invité, jusqu’à saturer l’espace, dans notre quotidien.
Médias, réseaux sociaux, conversations professionnelles, tout le monde l’utilise comme un fourre-tout pour décrire un manque de reconnaissance, réel, ou supposé,.
En vrai, derrière cette mode langagière se cache une vision du monde particulière, un symptôme de notre époque fascinée par le “paraître”.
Nous allons voir ensemble ici pourquoi le mot “invisibilisé” est un piège, et comment, en lui tournant le dos, on peut retrouver le chemin d’une existence professionnelle et personnelle guidée par “l’être” plutôt que par “l’image”.
L’invisibilité sociale : une bonne intention devenue dérive
Au départ, l’idée derrière ce concept était louable.
Son postulat initial affirmait que si certaines catégories de personnes – par exemple les femmes dans les sciences, les minorités dans les postes à responsabilité – ne s’engageaient pas dans ces voies, cela venait d’un manque de modèles visibles dans les médias et sur la place publique.
Ce raisonnement part d’une intention généreuse : donner à voir pour permettre d’aspirer.
Pourtant, cette vision souffre d’un défaut majeur.
En plaçant la solution uniquement dans le regard extérieur, elle institue ceux qu’elle veut aider en victimes désignées, dépendantes d’une lumière médiatique pour réellement exister et oser.
Elle prépare le terrain à un vocabulaire de l’impuissance, dont le mot « invisibilisé » est devenu la pierre angulaire.
Le miroir aux alouettes de la reconnaissance
Par delà le postulat de base, dont nous venons de parler, l « invisibilisation » a fait tache d’huile et a maintenant colonisé des domaines n’ayant plus rien à voir avec de quelconques hésitations à s’engager dans telle ou telle voie.
Le mot “invisibilisé” porte maintenant un présupposé puissant et dangereux : mon existence dépend principalement du regard de l’autre.
Si l’autre ne me voit pas, je suis moins, je ne compte pas.
Et notre hyperconnexion aux réseaux sociaux amplifie ce phénomène.
Elle nous conditionne à estimer notre valeur en likes, en vues, en partages.
Nous devenons des images pour les autres, des personnages en quête d’audience.
Dans ce théâtre, ne pas être “visible” équivaut à ne pas exister.
Cette quête est un puits sans fond : vous pouvez obtenir toute la lumière du monde, elle n'effacera jamais votre sentiment de vide intérieur si vous ne reconnaissez pas d’abord vous-même votre propre valeur.
L’exemple de Jacques, le manager expert
Jacques dirige une équipe technique.
Lors d’une récente réorganisation, ses propositions ne sont pas retenues.
En coaching, il me confie, amer : “Mon expertise est invisibilisée, on ne tient pas compte de mon avis.”
Nous avons creusé ensemble cette sensation et découvert que sa souffrance ne provenait pas du regard porté sur lui par sa direction, mais de sa propre perte de confiance.
Il doutait de la pertinence de ses idées, se sentait inutile.
Le problème n’était pas d’être “vu” par les autres, mais de ne plus “se voir” soi-même comme compétent et apporteur de valeur.
C’est sur cette « autoreconnaissance » que nous avons travaillé et Jacques n’emploie plus pour lui-même le néologisme « invisibilisé ».
La victimisation silencieuse : se déposséder de son pouvoir
Observez la construction du mot.
Le suffixe “-isé” transforme un état en une action subie.
“Invisibilisé” signifie “rendu invisible par quelqu’un”.
Le pouvoir est systématiquement donné à l’autre, au système, à un vague “on”.
Cette posture est un piège : elle nous dépossède de notre capacité à être maîtres ou acteurs de notre destin, de cette aptitude à agir sur notre vie.
Bien sûr, des discriminations et injustices réelles existent et les nier serait une grave erreur.
Mais adopter le vocabulaire de la victimisation comme unique grille de lecture enferme dans l’impuissance.
Ca empêche de se poser les questions libératrices :
« Qu’est-ce que je peux faire, moi, ici et maintenant, pour changer la donne ? »
L’exemple de Sophia et de sa promotion
Sophia est commerciale dans une entreprise dynamique.
Elle apprend qu’un collègue, aux résultats pourtant inférieurs aux siens, a été promu à la place qu’elle convoitait.
Sa première réaction, légitime et humaine, fuse : “On m’a invisibilisée, on n’a pas vu mon travail.”
Rester sur ce constat l’aurait maintenue dans une position de victime.
Notre travail de coaching a consisté à l’accompagner vers une autre étape à travers un certain nombre de questionnements.
· Pourquoi sa communication sur ses résultats était-elle moins visible que celle de son collègue ?
· Comment pouvait-elle mieux valoriser son action sans attendre qu’on la “voie” ?
· Comment transformer cette injustice en moteur pour affirmer ses ambitions ?
A partir des ses réponses à ces questions, Sophia a préparé un entretien factuel avec sa direction pour présenter sa contribution et ses objectifs.
Elle a obtenu une augmentation et une mission stratégique.
Elle a repris les commandes.
La dignité ne se mendie pas, elle s’incarne.
Passer de “on me rend invisible” à “je rends visible ma contribution” est un saut quantique vers la liberté.
Retrouver sa valeur intrinsèque : le chemin du “Je suis”
Si nous arrêtons de nous définir par notre image, que reste-t-il ?
Il reste notre valeur intrinsèque, notre dignité fondamentale.
Cette valeur ne dépend pas d’un regard extérieur.
Elle est inaliénable.
Un enfant a de la valeur simplement parce qu’il est, pas parce qu’il est beau ou premier en classe.
En grandissant, on nous a conditionnés à “paraître” pour être aimés, reconnus, acceptés.
Le travail de développement personnel vise à défaire ce conditionnement, à renouer avec cette certitude intérieure : “Je suis, donc j’ai de la valeur.”
Cette quête de sens est au cœur des demandes que je reçois.
Que ce soit pour renforcer son estime de soi ou pour sortir d’une situation professionnelle bloquée, le chemin est identique : passer de la préoccupation du “paraître” à la culture de “l’être”.
Comment cultiver sa valeur personnelle au quotidien ?
Voici quelques pistes concrètes, loin des injonctions à “être visible”, pour renforcer votre sentiment de valeur personnelle :
1. Pratiquez le discernement.
Quand vous vous sentez ignoré, demandez-vous : est-ce un manque de reconnaissance de ma personne, ou un désaccord ponctuel sur une idée ?
2. Tenez un journal de vos contributions.
Dans un carnet journal, notez chaque jour ce que vous avez apporté, même modestement.
Quand le doute pointe le boute de son nez, relisez-le pour vous reconnecter à votre vraie valeur.
3. Affirmez-vous clairement.
Au lieu d’attendre qu’on vous “voie”, exprimez vos besoins, vos idées et vos limites.
C’est l’acte positif fondateur de la responsabilité.
4. Cultivez des relations de qualité.
Faites œuvre de lucidité et de courage, entourez-vous de personnes qui vous valorisent pour ce que vous êtes, pas pour ce que vous représentez.
5. Acceptez de ne pas plaire à tout le monde.
Votre valeur n’est pas soumise à un vote.
Accepter de ne pas être “visible” pour certains, c’est se libérer d’un boulet qui entrave votre marche.
Choisir entre l'image et l'essence
La généralisation de l'expression “invisibilisé” est le symptôme d'une époque.
Elle nous invite à croire que notre existence dépend d'un projecteur.
Mais cette quête de visibilité est vaine, épuisante et sans fin.
Choisir de se concentrer sur sa valeur intrinsèque, sur sa dignité fondamentale, c'est opter pour une forme de liberté.
C’est accepter que notre lumière intérieure n'a pas besoin d'être validée par tous pour exister.
C’est, enfin, incarner pleinement sa vie, comme un acteur de son destin, et non comme une victime de l’ombre ou de la lumière des autres.
Et si nous parlions de vous ?
Si cette réflexion résonne avec une situation que vous traversez, un entretien de découverte gratuit est l'occasion d'en parler, sans engagement, en visio ou en face à face à la Réunion.
Foire aux questions (FAQ)
Q : Comment différencier un vrai sentiment d'injustice du piège de la victimisation ?
R : L'injustice est un fait objectif (discrimination, traitement inéquitable).
La victimisation est une posture qui consiste à rester figé dans ce constat pour expliquer tous ses problèmes.
La différence se joue dans l'action : que faites-vous de ce constat pour reprendre votre pouvoir d'agir ?
Q : Mon travail est réellement ignoré par ma hiérarchie. Comment agir sans tomber dans le piège de “l'invisibilisation” ?
R : C'est une situation fréquente.
L'approche responsable consiste à :
1. Documenter vos réalisations de manière factuelle.
2. Demander un entretien spécifique à votre hiérarchie pour présenter votre contribution.
3. Préparer cet entretien en clarifiant vos attentes.
4. Si la situation persiste, élargir votre champ d'action : réseautage interne, recherche de mentors, ou envisager une mobilité.
Vous reprenez ainsi les commandes de votre destin.
Vision “Invisibilisé” (Le Monde de l'Image) | Vision “Valeur Intrinsèque” (Le Monde de l'Être) |
Moteur : La reconnaissance externe. | Moteur : La conviction interne. |
Question clé : “Comment suis-je perçu ?” | Question clé : “Qui suis-je et qu'est-ce qui compte pour moi ?” |
Posture : Victime (on me fait). | Posture : Acteur (je fais et je suis). |
Émotion dominante : Frustration, dépendance. | Émotion dominante : Paix intérieure, responsabilité. |
Risque : Épuisement à courir après le regard des autres. | Bénéfice : Liberté et résilience. |
Passez d'une vie pilotée par les projecteurs à une vie guidée par votre propre lumière.
Pour aller plus loin sur le site
· Découvrez comment un accompagnement personnalisé peut vous aider à renforcer votre estime de soi.
· Si vous vivez une situation de blocage, explorez les solutions pour sortir d'une situation professionnelle bloquée.
· Le bilan de compétences est un outil idéal pour réaligner votre carrière avec vos valeurs profondes.
Auteur : Jean Noël BRUERE
COACH REUNION CONSULTING 2026




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