top of page

Comment démasquer un menteur

  • Photo du rédacteur: Jean Noël Bruère
    Jean Noël Bruère
  • il y a 13 minutes
  • 7 min de lecture

Un manager doute d’un collaborateur.


Un dirigeant sent un beau discours trop lisse.


Un particulier, en bilan de compétences, a du mal à cerner ses propres motivations ou celles de son entourage.


L’idéal ne serait-il pas de n’avoir à faire qu’avec des interlocuteurs honnêtes, vous livrant à coup sûr toute la vérité, rien que la vérité ?


Mais de l’idéal nous sommes très loin et il y a toujours à boire et à manger dans ce que l’on entend de untel et de untel.


Dès lors, la question de fond est : « Comment savoir si l’on vous ment ? »


Et sur ce sujet, les idées reçues (et fausses) pullulent.


Un regard fuyant, des mains moites, une posture fermée… Tous ces signes « observables » seraient censés trahir un menteur.


Et pourtant, après tout ce temps passé à accompagner cadres et chefs d’entreprise, j’ai appris une chose : détecter un mensonge est un art délicat, et les certitudes sont souvent trompeuses.


Pourquoi votre instinct vous trompe (et celui des experts aussi)


Contrairement à ce que l’on croit, il n’existe pas de signe unique et infaillible qui trahit un menteur. Timothy Levine, chercheur à l’université d’Alabama, a consacré trente ans à étudier la question .


Sa conclusion est sans appel : les humains ne détectent les mensonges qu’avec un taux de réussite de 54 à 60%, à peine mieux qu’un pile ou face .


Même les professionnels formés – policiers, juges, agents de sécurité – plafonnent à ce même niveau.


Et pourquoi ça?


Eh bien parce que le comportement humain varie trop d'un individu à l'autre, d'une circonstance à l'autre.


Un gros menteur peut être loquace et assuré, ou hésitant et nerveux.


La personne sincère, elle, peut stresser, rougir ou détourner les yeux.


La série Lie to Me a popularisé l’idée que les micro-expressions trahissaient tout.


C’est une illusion.


Les études montrent que les fans de cette série deviennent même moins perspicaces pour détecter la vérité.


Etonnant non ?.


La vraie clé réside ailleurs. 


Elle ne consiste pas à chercher LE geste magique, mais bien plus à observer un faisceau d’indices, en prêtant une attention particulière au discours et en utilisant des techniques de questionnement.


Les indices verbaux : ce qui est dit, et comment


Les experts s’accordent là-dessus : les indices les plus révélateurs sont dans la parole.


Un mensonge demande un vrai effort cognitif. Il faut inventer, maintenir une cohérence, éviter de se trahir.


Et cette charge mentale laisse des traces observables.


Le manque de détails, l’indice le plus fiable


Une personne honnête donne des détails concrets.


Qui, quoi, où, quand, comment.


Un menteur reste souvent vague.


Son histoire manque de profondeur, de saveur, de petites précisions du quotidien.


J’ai vu des managers présenter des bilans d’activité parfaits, trop parfaits.


Sans aucune anecdote, sans aucun imprévu.


En creusant un peu, l’absence de détails révélait un exercice de communication, pas un compte-rendu sincère.


Réponses trop rapides ou au contraire évasives


Le menteur a souvent préparé son histoire.


Il répond trop vite, comme s’il récitait une leçon.


Pris au dépourvu, il s’embrouille, donne des réponses évasives ou complique son discours de manière artificielle.


Dans un entretien de coaching avec un responsable commercial, je lui ai demandé : « Comment s’est passé ce rendez-vous chez votre client principal ? »


La réponse est venue sans une seconde d’hésitation, avec des chiffres ronds et une histoire trop cohérente.


Quand j’ai posé des questions précises sur l’ambiance, sur un détail du bureau, le discours s’est fissuré et nous en sommes arrivés au « réél ».


L’insistance sur l’honnêteté


Les personnes sincères n’ont pas besoin de convaincre de leur bonne foi.


Un menteur, lui, va souligner sa propre honnêteté. « Je te jure », « Pour être tout à fait honnête », « Je ne mens jamais ».


Bip Bip Bip…Ce sont des signaux d’alarme.


Comme ce collaborateur qui commençait chaque phrase par « En toute transparence ».


La transparence excessive est souvent synonyme d'écran de fumée.


La distanciation dans le langage


Pour se dissocier du mensonge, le menteur évite inconsciemment les pronoms personnels.


Le « Je » devient rare. « On » ou « Il » apparaît.


Le langage se fait plus impersonnel.


Un dirigeant m’a un jour expliqué une décision stratégique en disant « La direction a estimé que… », sans jamais utiliser le « je ».


Il s’agissait pourtant bel et bien de sa propre décision.


Il se mettait ainsi à distance d’un choix qu’il n’assumait pas pleinement.


Les indices non-verbaux : le corps parle, mais avec prudence


Le langage corporel est moins fiable, mais certains signes, en grappe, peuvent alerter.


Le visage trahit parfois. 


Une micro-expression de peur ou de surprise qui contredit le discours.


Un sourire forcé, buccal, qui ne plisse pas les coins des yeux.


Un contact visuel trop appuyé, forcé pour paraître crédible.


Un clignement des yeux plus rapide ou plus lent que la normale.


Le corps s’agite. 


Gestes d’auto-contact, se toucher le nez, se frotter les mains, jouer avec ses bijoux.


Un jour j’ai vu un manager, dans un  entretien annuel auquel j’avais été invité, tripoter sans cesse sa montre.


Posture fermée, bras croisés.


Signes d’un inconfort profond face à des questions sur ses résultats.


Le contexte était tendu. Ce n’était pas un menteur, mais un homme stressé.


Le même geste chez un autre, avec d’autres indices, peut aussi indiquer un mensonge.


Tout est question de faisceau.


La voix se modifie. 


Un débit qui s’accélère, ou ralentit.


Une voix qui tremble, qui devient plus aiguë.


Des blancs et des hésitations inhabituels.


Une respiration plus rapide.


La méthode du questionnement : votre meilleure arme


L’observation passive ne suffit absolument pas.


La méthode a plus efficace pour détecter un mensonge consiste à poser les bonnes questions.


Thomas Ormerod, psychologue à l’université du Sussex, l’a prouvé dans les aéroports, aux formalités de police.


En remplaçant les questionnaires rigides par des conversations naturelles structurées, les agents ont repéré 70% des passagers suspects, contre 5% avec les méthodes classiques .


Des questions dont vous connaissez la réponse


C’est un test imparable.


Si la réponse contredit ce que vous savez, vous avez une preuve solide.


Dans le cadre d’un accompagnement avec un chef d’entreprise, je connaissais déjà un chiffre clé. J’ai posé la question. La réponse a été différente.


Le mensonge est apparu, non pas par un geste, mais par une contradiction et j’ai pu confronter utilement ce patron à cette incohérence, sur laquelle nous avons ensuite pu travailler ensemble.


Creusez les détails


Demandez des précisions.


Qui était présent ?


À quelle heure exactement ?


Comment s’habillait cette personne ?


Un menteur aura du mal à inventer des détails cohérents à la volée.


Il finira très souvent par se contredire.


Un commercial m’a raconté une réunion. Je lui ai demandé la couleur de la cravate de son interlocuteur. Il a hésité. Il a inventé. Entrainant ici la suspiscion sur le reste de son discours.


Posez la même question plus tard


Revenez sur un point précis après un certain temps.


Un menteur aura du mal à se souvenir exactement de ce qu’il a inventé.


Une personne honnête donnera une version cohérente.


Cette technique est redoutable en entretien annuel ou en bilan de compétences.


C’est aussi le fameux « reprenons tout à zéro » de l’interrogatoire policier.


5 techniques validées pour démasquer un menteur


L’expérience d’Ormerod (toujours lui) a mis en lumière cinq approches efficaces  :


1.   Poser des questions ouvertes qui obligent à avancer des détails.


2.   Créer une rupture dans le récit, en demandant de raconter les événements à l’envers.


3.   Focaliser sur des détails vérifiables, comme un itinéraire ou un lieu.


4.   Surveiller les changements de comportement après une question précise.


5.   Laisser la personne s’enfoncer, sans relever immédiatement la contradiction (c’est la méthode "Colombo").


À La Réunion, une approche humaine


Dans mon cabinet à La Réunion, j’ai vu des cas où le mensonge était un symptôme, un matériau précieux pour le travail en coaching.


Un manager qui triche sur ses résultats, c’est souvent un manager qui a peur.


Un dirigeant qui cache une décision difficile, c’est souvent un dirigeant qui doute.


La vraie mythomanie  existe, mais elle est rare.


La plupart des gens mentent par protection, par peur, par habitude.


Le stress, la timidité ou une simple envie de bien faire produisent les mêmes signes que le mensonge.


Et c'est pourquoi le contexte et votre connaissance de la personne sont si essentiels.


Un collaborateur timide qui évite le regard peut être sincère.


Un manager stressé qui bégaye peut dire la vérité.




Pour savoir si votre interlocuteur ment, il faut :


·       Éviter les pièges. Ne vous fiez pas aux signes simplistes.


·       Observer un faisceau d’indices, verbaux et non-verbaux.


·       Adopter une stratégie de questionnement. C’est la méthode la plus efficace.


La vérité finit souvent par s’inviter toute seule, à condition de poser les bonnes questions.


Et parfois, derrière un mensonge, il y a un symptôme utile à déchiffrer, une personne qui a besoin d’aide, pas d’accusation.


 

FAQ : Démasquer un menteur


Peut-on vraiment détecter un mensonge à coup sûr ?


Non. Il n’existe pas de méthode infaillible.


Même les experts ne dépassent pas 60% de réussite.


La clé est d’observer un ensemble d’indices et de poser les bonnes questions.


Le contact visuel est-il un signe fiable ?


Non.


Un menteur peut forcer le contact visuel pour paraître crédible.


Une personne sincère peut éviter le regard par timidité.


Quel est l’indice le plus fiable ?


Les incohérences et le manque de détails dans le discours.


C’est l’indice verbal le plus révélateur.


Comment réagir face à un mensonge avéré ?


Dans un cadre professionnel, privilégiez le dialogue.


Comprenez la raison du mensonge. Peur, protection, habitude ?


Cela permet souvent de désamorcer la situation.


La mythomanie est-elle un mal fréquent?


Non.


Environ 1% des personnes mentent de manière pathologique .


La plupart des mensonges sont occasionnels et motivés par un contexte précis.

 

 

Auteur : Jean Noël BRUERE

 

COACH REUNION CONSULTING 2026-06-24

 

Pour aller plus loin:

 
 
 

Commentaires


bottom of page